Samedi 14 juin 2008
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Le dimanche 8 juin, le Conseil municipal de la ville d'Aix les Bains a organisé avec les associations patriotiques aixoises une commémoration
pour le 64ème anniversaire des combats du Mont Revard.
Voici le récit qu'en fait Aimé Petraz :
10 juin 1944
Quatre jours après le débarquement allié en Normandie, les Allemands encerclent et investissent le plateau du Revard - La Féclaz. Cette
opération provoque la mort de 72 soldats de la Wehrmacht, mais coûte la vie à 33 de nos compatriotes : 20 maquisards A.S. (Armée Secrète) et F.T.P.F. (Francs Tireurs et Partisans Français) et 13
bûcherons assassinés sur leur lieu de travail.
Dans la soirée du 6 juin, la diffusion sur les ondes anglaises de la BBC du message : "qu'un sang impur breuve nos sillons" déclenche l'ordre de mobilisation générale des F.F.I. (Forces
Françaises de l'Intérieur).
A partir du 6 juin, les résistants des régions aixoises et chambériennes membres de l'A.S. ou des F.T.P.F. doivent rejoindre le plateau, lieu du premier rendez-vous. Ils seront organisés et
armés, avant de gagner le massif de Bellevaux dans les Bauges où des éléments locaux ont déjà pris position. Ensemble, ils formeront, sous les ordres du capitaine MOLLARD, un bataillon en mesure
d'inquiéter les occupants dans la Combe d'Aix les Bains, Chambéry et dans la basse vallée de l'Isère.
Malheureusement, si l'armement était prévu pour équiper 400 à 500 hommes (à peu près le nombre de volontaires présents), la "livraison" ne correspond pas à cette espérance. Les "containers"
sortis de leur cachette ne fournissent qu'une partie des fusils et surtout des F.M. (Fusils Mitrailleurs) escomptés. Cette carence, fort regrettable par la suite, ne nuit pas dans le premier
temps à l'installation de la "couverture" défensive.
Elle est assurée sur les routes d'Aix les Bains (La Clusaz) et de Chambéry (Les Déserts - Le Peney) par une section avec une mitrailleuse et des F.M. et, pour les passages dans la falaise à la
Crémaillère, au Pertuiset, au Croc, au Sire et à la Doria, par un groupe muni d'un F.M. Les fusils et les mitraillettes sont répartis équitablement entre les diverses formations.
Les consignes sont strictes : de nuit, tendre des embuscades sans chercher à résilier à une attaque en force ; de jour, éviter absolument le combat en s'effaçant devant l'ennemi. De toute façon,
le repli est assuré par la forêt à l'Est en direction des Bauges. Les jeudi 8 et vendredi 9" les groupes arrivent et les manoeuvres d'équipement continuent. Ce dernier jour se produit un
incident. Une voiture militaire allemande transportant plusieurs officiers se retrouve sans encombre (selon les consignes) sur le plateau. Elle croise malencontreusement un groupe armé. Le face à
face très bref se termine pacifiquement : chacun exécutant un demi tour sans tirer de coup de feu. Il n'apparaît plus aujourd'hui que cette stupide rencontre ait joué un rôle déterminant dans la
décision allemande d'attaquer le lendemain. Les occupants possédaient, sans aucun doute, d'amples renseignements sur leurs prochains adversaires avant cette maladresse.
Depuis plusieurs jours ils avaient installé une de leurs compagnies dans chaque village commandant les sorties d'Aix les Bains et de Chambéry en direction du Revard et de la Féclaz. De plus 3
bataillons de la 157° D.I., spécialiste de là répression, cantonnée dans l'Ain, se tenaient prêts à intervenir.
Au cours de la nuit funeste du 9 au 10, plusieurs données vont déterminer un flottement dans le comportement des avant-postes du secteur défensif de la Clusaz : la rumeur de la venue de véhicules
allemands "livrés" par des déserteurs italiens et le passage d'un camion transportant des Chautagnards qui précéda de peu l'arrivée de la colonne motorisée ennemie. Celle-ci se présente sous une
pluie diluvienne aux premières lueurs de l'aube, ajoutant les difficultés du choix entre les consignes à l'incertitude due aux données précédentes.
Ainsi les assaillants progressent plus facilement que prévu jusqu'aux défenseurs du plateau qui, heureusement réagissent avec célérité et vigueur. Les premiers coups de feu claquent et le bruit
de la bataille s'amplifie aussitôt. Elle fait rage à Crolles, à la Crémaillère et autour des Hôtels.
Au P.C. de la Féclaz, l'inquiétude est grande. Des patrouilles partent en reconnaissance. Elles confirment que les Allemands sont aux prises avec la "couverture" et qu'ils ont pris pied sur le
plateau.
Vers 6 heures, le lieutenant DORMY, commandant le secteur Nord, fait savoir par un émissaire qu'il est débordé.
II poursuivra néanmoins son héroïque résistance avec quelques hommes jusqu'à la mort car il n'est plus possible de lui envoyer du renfort. Le Pertuiset et le secteur sud s'embrasent à leur tour.
L'ennemi vient d'attaquer les postes du Croc et du Sire où il a anéanti un groupe, avant de progresser avec précaution vers la Féclaz. Il est accueilli chaudement, mais les forces et l'armement
des assaillants sont disproportionnés, trop supérieurs. Un rapide conseil de guerre décide le repli. Déjà quelques éléments non armés ont été évacués par la forêt tandis que d'autres réussissent
à s'infiltrer entre les mailles du filet pour descendre sur Aix les Bains et Chambéry. Tout en tenant les adversaires à distance, le gros de la troupe, rassemblé à la Féclaz, entame à son tour la
retraite.
Il se faufile à travers les arbres, à mi-pente dans la montagne de la Cha pour parvenir au-dessus de Saint François de Sales. Il atteindra les Garins le lendemain matin à 4 heures, après une
longue marche sous les trombes d'eau.
Le groupe aixois des F.U.J.(Forces Unies de la Jeunesse) composé d'une dizaine de jeunes commandés par MIREILLE (MIQUET) avait jusqu'ici assuré la garde autour du P.C., armés de quelques fusils.
II se voit chargé de couvrir le repli de la dernière colonne. Retranché derrière une butte de terre, il assume sa tâche avec efficacité, interdisant l'approche de la forêt. Mais il doit
s'incliner à son tour devant la puissance de feu de l'ennemi : plusieurs armes automatiques balayant le terrain autour de leur abri devenu dérisoire. NINO (LANOZ) est tué par une rafale avant
d'atteindre la lisière du bois. L'Armée honorera la conduite de quelques-uns uns de ces ultimes défenseurs en leur décernant une citation : "le 10 juin 1944, durant les combats du Mont Revard, a
eu au feu une tenue exemplaire".
Attendus par le capitaine BLANCHARD, les rescapés assureront sous ses ordres l'arrière garde du dispositif de repli sur les Garins. Les Allemands, rendus prudents par leur rude contact avec les
maquisards savoyards ne se hasardent pas à les poursuivre. Ils se contentent d'explorer le plateau, heureusement sans autre conséquence.
Un bilan de ces combats, meurtriers pour les deux adversaires, est lourd côté français. Dans leur folie destructrice, exaspérée par l'importance de leurs pertes, les Allemands massacrent
sauvagement près des Fermes 13 paisibles bûcherons originaires de Villarlurin dont quatre membres de la famille BERMONT. Au cours de la bataille, 20 maquisards sont "morts pour la France" : le
capitaine médecin Pierre VERNIER de Chambéry, le sous-lieutenant Serge DORMY commandant du système défensif nord, le sergent-chef Robert FORTIN et 17 soldats dont 9 appartenant au groupe F.T.P.F.
anéanti au Sire qui comptait dans ses rangs 3 frères : Charles, David et Maurice SETTI.
Le lendemain dimanche 11 juin, les autorités françaises reçoivent l'autorisation de récupérer les dépouilles des victimes. Les opérations sont conduites d'une part par les gendarmes de Chambéry
et d'autre part par les "équipes d'urgence de la Croix Rouge" d'Aix les Bains accompagnées de deux médecins. Ces derniers avaient été alertés le matin par l'abbé BLANCHET, curé de Pugny-Chatenod
et du Revard. Les corps déposés à proximité de la chapelle de la Féclaz sont sommairement mis en bière avant d'être enterrés sur place.
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